Affichage des articles dont le libellé est Tribune libre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Tribune libre. Afficher tous les articles

lundi 1 février 2016

Former : oui, mais comment ?

d'après Mac Donald Ross
Je voudrais évoquer l'étape de l’élaboration d'un module de formation dans le cadre d’un stage court. La formation est un métier qui demande une réflexion constructive afin qu'elle soit efficace, c'est-à-dire qu’elle remplisse son contrat en termes de résultats.

Trop souvent, le défilé de transparents chargés ou la succession de jeux de rôles font office de formation comme s'ils étaient eux-mêmes des objectifs à atteindre alors qu'ils ne sont que des outils au service des objectifs.

Le métier de formateur-concepteur consiste à construire une progression pédagogique cohérente au sein des sessions animées et à organiser une prestation autour d’objectifs définis au préalable. Pour ce faire une première étape consiste à transformer les besoins détectés en entreprise ou lors d’une analyse de situation, en objectifs. C’est à partir des objectifs identifiés que l’on pourra concevoir l’architecture générale du plan de formation.

Nous pouvons alors pratiquer l’analyse descendante ou analyse par objectifs. Prenons l’exemple du service Administration Ventes et Logistique d’un groupe fabriquant de gros électroménager, composé de 7 personnes. L’analyse des besoins a révélé que les salariés travaillant dans ce service, bien que « bons techniciens, ne sont pas à l’aise pour annoncer les retards de livraison, les changements de rendez-vous ; ils ne trouvent pas les mots qui rassurent et ne savent pas faire passer le message et enfin, ils ne savent pas faire face aux difficultés, ni transmettre des informations par télécopie ».

La première question à poser est : « Que voulons-nous que nos formés soient capables de faire à l’issue de la formation pour améliorer leur approche commerciale au téléphone dans un contexte de réception de commandes ? » (objectif général). Nous répondrons à la question par des objectifs spécifiques ou opérationnels tels que par exemple : - Accroître son empathie dans sa communication téléphonique - Gérer les imprévus (annonces de retard de livraison, les changements de rendez-vous …) - Gérer les tensions, les clients mécontents ...

Puis, le concepteur reprend chaque objectif et se pose à nouveau la question : « Que doivent savoir faire les formés pour accroître leur empathie dans leur communication téléphonique ? » Les réponses seront éventuellement les suivantes : - Pratiquer l’écoute active - Développer son assertivité ...

De décomposition en décomposition, nous élaborons, autour des savoir-être, savoir-faire et connaissances, nos scénarios pédagogiques et développons nos méthodes, outils, techniques appropriés. À chaque nouvelle séquence, nous garderons toujours en tête la recherche d’un ou des objectifs visés.

Les objectifs déroulent le fil conducteur tout au long de la session de formation : sans ce découpage minutieux, la formation devient un fourre-tout souvent redondant, dans lequel le formé a du mal à faire son chemin (en admettant qu’il soit motivé pour entreprendre la démarche car, dans ce processus, il sera plutôt démotivé). Le succès d’une action de formation dépend de sa clarté, son organisation, sa progression et sa cohérence. 


Le plaisir d'apprendre et celui de transmettre

Philippe Meirieu, dans son livre "Frankenstein pédagogue"[i] nous fait une relecture de plusieurs romans qui ont marqué les esprits. Tout d'abord, le célèbre roman de Mary Shelley. Le voyage que nous effectuons nous entraîne dans la dérive d'une absence de (re)père (pédagogique) conduisant Frankenstein, la créature en devenir,  à des actes violents le laissant toujours plus seul. 
Dans la pièce de théâtre "Pygmalion", de Bernard Shaw, le professeur dans sa toute puissance dominatrice échoue : sa pédagogie autoritaire finit par détruire le personnage qu'il a créé. Quant à Pinocchio, après une vie de patachon à n'en faire qu'à sa tête, il ne doit son salut qu'à lui-même, lorsque, enfin, il décide de se prendre en main.
Trois histoires d'erreurs d'aiguillage qui font des ravages. Des situations qui donnent matière à réflexion sur le plaisir d'apprendre et la transmission des savoirs.  A propos du plaisir, l'auteur rappelle que "seul le sujet peut décider d'apprendre", et qu'il faut "reconnaître une bonne fois pour toute que nul ne peut rien décider d'apprendre à la place de quiconque".   
Quant à la transmission, elle n'est que "illusion magique ". Gare au pédagogue qui ne diversifie pas son enseignement en fonction de ses apprenants, en les accompagnant et en suivant leur progrès dans la manière dont ils reçoivent les informations, ce que cela provoque en eux, les connexions qu'ils établissent avec ce qu'ils savent déjà, la façon dont cela les amène à repenser leurs propres conceptions.   
Car "la transmission des savoirs et des connaissances ne s'effectue jamais de manière mécanique et ne peut se concevoir sous forme d'une duplication à l'identique... Elle suppose une reconstruction par le sujet de ces savoirs et connaissances qu'il doit inscrire dans son projet et dont il doit percevoir en quoi ils contribuent à son développement".  Réunir les conditions qui permettent à l'apprenant de "se faire oeuvre de lui-même". Enseigner sans fabriquer.





[i] Edition ESF, 1996.

Face à face pédagogique : quelle attitude pour le formateur ?


Carl Rogers, docteur en psychothérapie, s’est interrogé sur les problèmes de relations humaines. Il a notamment travaillé sur les formes de relations d’aide, favorisant un meilleur accès aux ressources de l’individu et une plus grande possibilité d’expression. La relation qu’il instaure avec ses clients est une relation empathique, non directive. Il s’agit pour le thérapeute d’être vrai, congruent (authentique), de façon à mettre le patient dans un état de confiance tel qu’il peut s’exprimer en toute liberté.

Puis, il transpose cette attitude dans le domaine de la pédagogie et définit le formateur de la manière suivante : celui-ci prend la posture d’aide face aux difficultés que le stagiaire rencontre dans son apprentissage. Il adopte une écoute bienveillante, met à disposition sa personne avec tous les moyens qu’il peut fournir, essaie de comprendre les freins et les blocages de l’apprenant afin de les lever. Car pour l’humaniste qu’est Carl Rogers, ce qui importe n’est pas de répondre aux buts pédagogiques mais plutôt de permettre « l’ajustement personnel, l’acquisition autonome de connaissances […], la créativité, la responsabilité personnelle ». 

Dans les années 50, il a jeté un pavé dans la mare, en dénonçant un « violent courant qui tend à faire de l’enseignement un dressage au savoir passif ». Son travail de recherche en sciences du comportement a ouvert la porte sur la relation pédagogique centrée sur la personne s’appuyant sur la considération positive, l’acceptation et la compréhension de l’apprenant. Dans ce cadre, la personnalité du formé peut transparaître et « exprimer sous des formes nouvelles et variées la manière dont elle se relie au monde qui l’entoure ». Et, à mon sens, c’est ce climat favorisant le processus de créativité que l’attitude du formateur doit instaurer. 

vendredi 17 juillet 2015

VAE : savoir vécu et savoir livresque

Je voudrais rendre compte de mon expérience récente de VAE. Après une bonne dizaine d’années d’exercice en tant que Consultante-Formatrice, j’ai ressenti le besoin de constater le chemin parcouru et d’évaluer mes pratiques : j’ai donc entamé une VAE (Validation de Acquis par l’Expérience) au CNAM, dans un programme de Master Responsable de projets de formation.

Un des travaux à fournir est celui du choix des expériences pour démontrer ses pratiques et illustrer les UE (Unités d’Etudes) demandées. C’est une tâche tout aussi importante qu’intéressante. En effet, cette action amorce et stimule la réflexion permettant de redessiner avec cohérence et lucidité son passé. Les égarements sont autant de points à examiner de près afin de les éradiquer ou au contraire de les réhabiliter.

Cette action réflexive fait entrer de plein pied dans l’effet formatif de la VAE. Car, dans la phase de l’analyse de l’expérience, apparaît le contexte vécu et le contexte idéal : ce dernier émane de lectures complémentaires puisées dans la bibliographie constituée. Ces lectures subliment le vécu et permettent de réécrire ses expériences passés. Et l’avantage de la VAE est cet apprentissage en zig-zag entre la vie réelle (la pratique) et le savoir technique, avec des retours correctifs.

Ces expériences concrètes donnent à penser et c’est tant mieux : le candidat devient créateur. Il apprend de ses erreurs bien sûr, mais il va plus loin et envisage la situation idéale ou complémentaire, celle qu’il peut à loisir fabriquer avec le nouveau savoir construit à l’aide de ses recherches livresques.

La VAE est un dispositif unique que je conseille à toute personne désireuse de donner du sens à sa vie professionnelle et de monter en compétences.